Voici l’article de l’AFP.
Voici la réponse de M. Solouki:
Chers journalistes,
Bien malencontreusement je suis tombée sur certains de vos articles… tous provenant d’une source unique, les dépêches de l’AFP à Téhéran. Dure fut mon arrestation « elle a été placée en détention pendant un mois dans la prison d’Evin, sous la lumière permanent d’un néon et subissent de nombreux interrogatoires » (17 février au 18 mars). Oui en effet. Mais elle l’aurait été moins si j’avais su que l’on relatait mon cas dans les colonnes des journaux à cet instant là.
Ne trouvez-vous donc pas ironique que mon cas soit relayé à cet instant là par des amis du Canada, et la presse canadienne, et non par les journalistes de Téhéran? J’entends ici par journalistes à la cocarde.
Je n’ai donc pas échapper à l’écueil :« C’est après avoir interrogé des familles des mojahedins opposant au régime de Téhéran que Mehrnoushe Solouki a été arrêtée ».
Mes chers amis de AFP, comment peut on savoir que ces familles sont dites mojahedins ? De qui viennent donc ces éléments ? Bigre, un problème de source, Messieurs ?
Je voudrais rajouter que je n’ai pas été arrêtée lors du tournage, mais lors du montage. Ce qui signifie que mon comité de réception connaissait mes agissements puisque j’agissais en toute légalité puisque dotée de l’aval du ministère de la Guidance (Islamique n.d.l.r.).
En lisant cette sacrosainte phrase, je n’ai pu m’interdire de penser à cette question martelée lors de mon interrogatoire : « comment et par quel biais vous avez rencontré les familles des mojahedins en Iran, et les interviewer ».
Non content de l’avoir entendu, je l’ai lu sur d’interminables questionnaires (sans QCM, je le précise). Et tout aussi fidèle que la question, ma réponse fut « jamais je n’ai pas rencontré les familles des mojahedins en Iran». Car enfin, les Mojahedines, en Iran, sont une espèce en voie d’extinction. Ainsi, mes geôliers, après un mois d’insistance et donc un salaire amplement mérité, ont fini par admettre qu’il n’y avait pas d’affaire de familles mojahedines. Aussi dans leur immense dévouement, mes interrogateurs n’ont-ils pas décidé de me proposer des ectoplasmes pour cause de mon interrogatoire. Le travail accompli, l’un d’eux a décidé de prendre des vacances bien méritées. Qu’il en soit remercié.
Je vous comprends, chers journalistes de AFP installés a Téhéran, le dédale administratif iranien, la vacuité des officielles font de votre vie téhéranaise une vie bien difficile. Mais pouvez-vous rester muet quant au sort de ressortissants étrangers - parfois compatriotes - dans la pénombre d’une accusation ?
Tant est grande la créativité de l’homme. Pour preuve, l’invention d’un ennemi invisible trouve une certaine concurrence entre nations. Mais dans le cas qui nous occupe, peut-on en être dupe ? Là est la question.
Je crois pour ma part qu’il est temps de se poser une question, le mutisme des journalistes français sert-il les intérêts français ou iraniens? Je ne peux que poser, pour l’heure, de telle façon à savoir brutalement tout comme la question assénée par mon cher geôlier.
Merci de votre attention,
- Mehrnoushe Solouki