Prisonière de Téhéran - Le Devoir - 10 et 11 novembre 2007
Saturday, November 10th, 2007Deux journalistes se sont rendus à Téhéran pour rencontrer Mehrnoushe Solouki. À lire absolument.
En PDF: ledevoir_20071110.pdf
Deux journalistes se sont rendus à Téhéran pour rencontrer Mehrnoushe Solouki. À lire absolument.
En PDF: ledevoir_20071110.pdf
Le 4 novembre 2007, Rue89 publie la lettre ouverte de Mehrnoushe Solouki , alors que l’imminence de son procès à huis clos est une épée de Damocles suspendue au dessus de sa tête.
Lettre ouverte de Mehrnoushe Solouki : Retenue en Iran, la journaliste Mehrnoushe Solouki bientôt jugée.
En PDF: rue89_20071104.pdf
De plus, Alan Freeman du Globe and Mail a publié un article le 3 novembre 2007: Iran orders closed trial for filmmaker
En PDF: globeandmail_20071103.pdf
Suite à l’entrevue de Denis McCready avec Louis Lemieux à RDI En Direct le 2 novembre 2007, le site de CBC a publié cet article.
Montreal filmmaker to face trial in Iran
En PDF: cbc_20071103.pdf
Le procès de Mehrnoushe Solouki aura lieu à Téhéran le 17 novembre 2007.
Ce procès se tiendra à HUIS CLOS. Même son père n’aura pas le droit d’assister au procès de sa fille.
Ce huis clos est inacceptable et doit être dénoncé. Le gouvernement iranien doit permettre à quiconque d’assister au procès.
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Mehrnoushe Solouki’s trial will be held in Tehran on November 17, 2007.
This process will be held IN CAMERA. Even her father cannot attend her daughter’s trial.
These closed doors on her trial are unacceptable and must be denounced. The Iranian government must allow anybody to attend the trial.
Suivez ce lien pour la pétition - Follow this link to the petition http://www.ipetitions.com/petition/freesolouki/index.html
Mehrnoushe Solouki a appris récemment qu’elle sera accusée
de « propagande contre le régime en lien avec
“la tentative” de réalisation d’un film” ».
NOTE: Le texte ci-bas a été écrit par Denis McCready en coopération avec Mehrnoushe Solouki toujours retenue à Téhéran. Les paragraphes en italiques sont tirés de courriels et de clavardage avec Mehrnoushe Solouki. Cette mise à jour complète a été révisée et approuvée par elle avant publication.
Mise à jour complète
Téléchargez le PDF: solouki20071014fra.pdf
Montréal, le 14 Octobre 2007
Mehrnoushe Solouki a été arrêtée le 19 février 2007 à Téhéran, détenue un mois en isolation à l’infâme prison de Evin, puis relâchée le 18 mars 2007. À ce moment, ont lui a remis ses passeports, mais jusqu’à aujourd’hui le gouvernement lui interdit toujours de quitter l’Iran. Depuis six mois, elle est libre de se déplacer dans Téhéran, de visiter l’Ambassade Française, de contacter des amis et des journalistes à l’extérieur du pays, par téléphone, par clavardage et par courriel.
Malgré cela, elle ne peut toujours pas exercer ses activités professionnelles. Les cassettes vidéo du tournage de son documentaire “Lieux d’une mémoire enfouie” sont actuellement confisquées par le Ministère du Renseignement iranien. Le tournage de ce film est à l’origine de son arrestation et de l’interdiction qui lui est faîte de quitter l’Iran. Rappelons que pour faire son film, Mme Solouki, avait obtenu une autorisation de recherche et de prise de vue du Ministère de la Culture Iranienne.
Le 29 juillet 2007, elle a subit un accident de motocyclette suspect – un homme l’a renversé sans avertissement, et s’est enfuit sans s’arrêter. Elle a été projetée violement sur le sol et blessée à la tête et à la joue. Elle a dû subir quatre interventions chirurgicales pour tenter de résoudre la paralysie faciale dont elle souffre toujours. Son médecin à Téhéran a dit qu’il ne pouvait plus se porter garant de sa santé et qu’elle devrait retourner en France pour se faire soigner.
Par l’entremise de Reporter Sans Frontière, Mme Solouki a adressé une lettre à Nicolas Sarkozy, lui rappelant son discours où il a déclaré qu’”il fera de la défense de droit de l’homme dans le monde une priorité” et qu’”il n’acceptera pas la répression des journalistes que l’on veut bâillonner”.
Depuis plusieurs semaines maintenant, l’Ambassade de France à Téhéran lui offre parfois le gîte en guise de courtoisie à une ressortissante française. Elle ne veut plus habiter dans un hôtel par peur pour sa sécurité.
Le 14 septembre 2007, son père a été informé que son dossier avait finalement été transmis à un juge d’instruction de la 15e chambre. Contacté par son père, le juge a dit qu’il allait étudier le dossier, sans toutefois préciser de délai. Depuis, Mme Solouki se fait représenter par un avocat iranien, Me Hushang Pourbabai, spécialisé en droits de la personne. Cet avocat n’accepte pas d’honoraires et il représentera Mme Solouki advenant un procès.
Mais voilà que depuis la fin septembre, Mehrnoushe Solouki est coincée dans un véritable cirque bureaucratique. Elle raconte :
« Le lundis 24 septembre, je suis allée à la 15e chambre du Tribunal Révolutionnaire de Téhéran. Le chef du bureau du juge Salavati a répondu a toutes mes questions concernant le contenu de mon dossier, le choix de l’avocat, la date du procès, et à la fin je lui ai posé une question sur mon interdiction de sortie d’Iran. Il est allé au bureau du juge, il est revenu pour me dire que le juge n’avait pas trouvé dans le dossier une lettre démontrant mon interdiction du sortie. Le lendemain, j’ai rencontré mon avocat, et il m’a dit que parce que mes parents avaient donné la caution et que, selon la loi, cette caution est une garantie du retour au procès, je devrais faire une vérification du statut de mon interdiction. Il m’a suggéré d’aller à l’Office du Passeport (Police nationale) pour faire une vérification.
Le mercredis 26 septembre au matin, je me suis rendue à l’Office du Passeport et je leur ai présenté mes passeports pour vérification, en sachant que si l’interdiction de sortie apparaissait dans leur fichier, ces passeports que j’ai récupérés en Mars 2007 ne me seraient pas restitués. Le policier a fait la vérification et il m’a rendu mes passeports immédiatement. Toute heureuse de résultat, j’ai prévenu l’Ambassade de France à Téhéran et ils ont commencé à préparer mon départ, notamment l’achat d’un billet d’avion, etc.
Le samedi 29 septembre au matin, j’ai appris qu’ayant la double nationalité (iranienne et française) et étant restée au delà des quatre mois permis en Iran, je devais avoir l’aval de sortie. Je suis donc allée au bureau des binationaux, au Ministère des Affaires Étrangères (MAE) iranien, avec mon passeport français et iranien, remplir des formulaire et donner des photocopies des passeports. Finalement le MAE iranien m’a donné une lettre d’autorisation de sortie à l’attention de l’Office du Passeport.
Le lendemain, dimanche 30 septembre, j’y suis allée vers 7h du matin. L’officier avec mes insistances a mis mon dossier en priorité; à nouveau je devais donner les deux passeports pour avoir le tampon du sortie. Visiblement tout se déroulait bien. À la fin, l’officier m’a demandé d’aller au bureau du Président de la République (Ministère du Renseignement) pour obtenir la confirmation informatique. Ce bureau est dans le même édifice. J’y suis allée. Tout d’abord, l’agent a fait une vérification : il m’a répondu que c’était bon. Et là, au moment où j’ai dit “Est-ce que ce sera tout?”, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais il a appelé son collègue, prétextant des doutes dans le fichier. Son collègue a fait une deuxième vérification, et il m’a donné un numéro de référence, en me précisant que pour l’instant, je ne pouvais pas récupérer les passeports que j’avais donné le matin. À mes questions, ils n’ont donné aucune explication, et je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé. Les deux passeports que j’ai en ma possession depuis mars 2007, suite à ma libération de la prison d’Evin, sont à nouveau saisies!! Est-ce que c’est le Ministère du Renseignement joue avec mes nerfs?
Au moment où les irano-americains, avec les lourdes charges d’espionnage pesant contre eux, ont été libérés, pourquoi suis-je toujours retenue en Iran sans connaître mon crime? Pourquoi la France reste encore silencieuse? J’ai l’impression que ma situation s’aggrave a mesure que le temps passe. La caution, pour laquelle mes parents ont risqué leur maison, est selon la loi iranienne une garantie de retour. Selon mon avocat, Me Hushang Pourbabai, on ne peut pas garder une personne au pays au delà de six mois. Pourquoi cette loi iranienne ne s’applique pas à moi, alors qu’elle s’applique pour les irano-americains? C’est une tactique cruelle et inacceptable, une répression à la fois psychologique et financière, car depuis une semaine, tout le monde préparait mon départ. Moi et ma famille, on était heureux d’entendre la bonne nouvelle de l’Office du Passeport. J’ai fais des préparatifs toute la semaine et au derniers instants, ils ont bafouée tout mon espoir.
Au 14 Octobre 2007, mon avocat n’a toujours pas localisé la lettre d’interdiction du sortie dans mon dossier. Le dossier fait 400 pages! Hors, il faut que le vice-procureur de Téhéran, Hassan Hadad, ait cette lettre en sa possession pour émettre une déclaration qu’il n’y a pas problèmes dans mon dossier, sinon je ne pourrai pas récupérer mes passeports.
L’aspect le plus absurde de ma situation est qu’après mon arrestation pour « actions contre la sécurité », après un mois d’emprisonnement dans des conditions abjectes et après plus de six mois d’interdiction de sortie, la supposée enquête judiciaire sur mes agissements, claironnée en juin par le vice-procureur Hadad, via l’agence Isna, n’a rien donnée.
Mon avocat a consulté l’imposant dossier et il n’y a pas de notification des charges retenues contre moi. Selon les conversations de Me Pourbabai avec le vice-procureur Hadad, l’accusation serait « propagande contre le régime en lien avec “la tentative” de réalisation d’un film ». Le mot “tentative”, c’est moi qui le souligne, car mon avocat est formel : on ne peut pas accuser une personne d’un délit qui n’a jamais été commis. On ne peut pas accuser quelqu’un sur ses intentions de publier un livre ou diffuser un film. Ce film n’existe même pas! Il y a une série des cassettes vidéo, et elles ont été confisquées. Ces images n’ont jamais passée l’étape du montage! N’importe qui peut prétendre que des images désarticulées « pourraient » vouloir dire quelque chose, mais c’est un argument bidon. Le film n’existe pas! Le tournage ne s’est pas fait en vue d’une diffusion déjà programmée au Canada. Je n’ai jamais reçu d’aide financière d’une quelconque Commission des droits de la personne du Canada. Mes geôliers et les agents de renseignement m’ont souvent dit que j’étais une autre jeune influencée par mes voyages. J’ai 38 ans et mes convictions politiques sont le fruit de ma vie en Iran, pas de mes voyages en France ou au Canada.
Nous allons faire tout notre possible de reporter la date du procès présentement fixée au 17 novembre. Les récents échanges musclés avec la France auraient influencé la levée d’interdiction de sortie, selon mon avocat.
Donc, la seule solution, c’est essayer de reporter le jour du procès. J’espère que tout ça prendra fin. Je suis très fatiguée de cette situation d’isolement. Jusqu’à quand dois-je attendre pour reprendre ma vie? Toutes les nuits, j’ai des cauchemars…
Je ne veux pas de guerre; je veux simplement quitter l’Iran. Les dirigeants de mon pays croient que tout le monde est leur ennemis, même les femmes. Je veux montrer l’Iran de l’intérieur, raconter le pays par la bouche des Iraniens et des Iraniennes. Mon approche est simple : parler de la réalité simplement, parler d’une époque, pour être soi-même, pour être libre. Les Iraniens et les Iraniennes sont fiers de leur pays, mais ils sont aussi ouverts à l’Occident, tout en n’étant pas dupes de la propagande qui émerge de chaque côté.
La propagande des USA sur la question de droit de la personne en Iran a complique la situation des militants iraniens sur place; ils ont marre des déclarations irresponsables de George W. Bush. Il a un jour déclaré que son gouvernement avait attribué une aide financière considérable a ceux qui travaillaient en Iran dans ce domaine. À mon avis, c’est faux : ici personne ne reçoit d’aide des USA. Mais ça fait partie de leur campagne de guerre psychologique de laisser croire aux Iraniens que des éléments subversifs sont payés en Iran. »
Mehrnoushe Solouki et ses amis réclament toujours que la caution pour laquelle ses parents ont mis leur maison en garantie soit levée, que les accusations (bancales) contre elle soient abandonnées et qu’elle puisse quitter l’Iran pour recouvrer sa santé physique et psychologique.
Pour contacter Mehrnoushe Solouki, suivez le lien CONTACT.
ENGLISH OUTLINE OF THE FRENCH UPDATE
Download the PDF : solouki20071014ang.pdf
NOTE: This outline is based on the French update revised and approved by Mehrnoushe Solouki.
Montreal, October 14, 2007
Mehrnoushe Solouki was arrested 19 February 2007 in Tehran, detained in isolation for a month at the ill-famed Evin prison, then released on 18 March 2007. Her passports were handed back at the time, but to this day she is still forbidden to leave Iran.
For seven months she has not been able to pursue her professional activities, her computer, her video cassettes, her video camera and all her research has been seized by Iran’s Ministry of Intelligence. She had entered the country with her Iranian passport and had obtained a permit from the Minister of Culture and Islamic Guidance to research and film her project.
On July 29 a motorcyclist ran into her without warning and she was thrown to the ground. The motorcyclist fled the scene without stopping. She was wounded to the head and cheek and has undergone four (4) surgeries to resolve the facial paralysis she still suffers from. Her Tehran doctor stated he could not be responsible for her health anymore and that she must return to France to receive further treatment.
For several weeks now, Ms Solouki has been residing on occasion at the French Embassy in Tehran as a guest; a courtesy the Embassy extends to her since she is a French national. She doesn’t feel safe staying in hotels anymore.
On September 14, her father was informed that her case was finally transferred to a judge (of the 15th Chamber). Contacted by her father, the judge said he would need time to study the case, but gave no idea of the delay. Since that time, Ms Solouki is being represented by the lawyer Hushang Pourbabai, a specialist of human rights.
Via Reporters Without Borders, she has addressed a letter to the French President Nicolas Sarkozy reminding him of his speech where he stated he would make the defense of human rights in the world a priority and that he won’t accept the repression of journalists.
Since late September, Mehrnoushe Solouki has been stuck in a bureaucratic circus. While trying to clarify the ban on her traveling, her two passports were seized by the Office of The President of Republic of Iran (Secret Services).
Upon reception of her file in preparation for her November 17 court date, Ms Solouki’s lawyer consulted the 400-page document and was not able to locate the letter banning her from exiting Iran. He also found little details about her accusation. He was able to talk to the judge to understand that Ms Solouki will be accused of « propaganda against the regime related to her attempt at making a film ». Essentially, she will be accused of having the intention of making a propaganda film. A film that does not exist yet, since the raw material was seized by the Iranian authorities.
Given her parents had to put their house as a warranty, Mehrnoushe Solouki wants her bail lifted to release the house. She wants the accusations to be dropped and then be allowed to leave Iran.
To contact Mehrnoushe Solouki, follow the link CONTACT.
Huit mois après son arrestation, Mehrnoushe Solouki a enfin reçu une convocation en cours. La date de son procès est prévue le 17 novembre, mais les accusations sont discutables: elle est accusée d’avoir eu l’intention de réaliser un film de propagande.
Hors le film n’existe pas. Les bandes vidéo, le camescope et l’ordinateur sur lequel il était en montage ont été saisie par les autorités iraniennes.
Mehrnoushe Solouki est donc accusée d’un acte de propagande qu’elle n’a jamais commis. Kafka vient à l’esprit quand on entend une chose pareille.
La radio de Radio-Canada et la radio et télévision de CBC de Montréal ont diffusé des reportages sur Mehrnoushe Solouki le mardi 9 octobre 2007.
Un article paru dans Le Monde le 6 septembre 2007.
Aussi disponible en PDF: monde_070906.pdf
Un article du 4 septembre tiré du site web du Figaro.
Le même article en PDF: Figaro_20070904.pdf